Ce que j’observe du webmarketing à travers le prisme de l’entreprise robuste

Une réflexion personnelle sur le concept d’entreprise robuste et sur le webmarketing

Je travaille dans le marketing digital depuis plusieurs années. J’y accompagne des entreprises et associations aux profils très différents, souvent des PME et des ETI, confrontées à des enjeux de visibilité, d’acquisition, de structuration et de pilotage. Au fil des missions, une chose revient régulièrement: lorsque le trafic chute, qu’une campagne Google Ads devient moins rentable ou qu’un canal social ne génère plus d’engagement, le problème n’est presque jamais uniquement technique. Il révèle le plus souvent une difficulté plus profonde à prioriser, décider ou structurer le travail autour du digital.

La lecture de L’entreprise robuste, co-écrit par Olivier Hamant, Sandra Enlart et Olivier Charbonnier, est venue mettre des mots et un cadre conceptuel sur des intuitions déjà présentes dans ma pratique. Loin des discours centrés sur l’optimisation ou la performance à tout prix, cette réflexion propose de regarder autrement le fonctionnement des organisations, en s’intéressant à leur capacité à tenir dans le temps, à absorber les chocs et à maintenir une continuité de fonctionnement dans un environnement instable.

Cet article n’a pas vocation à démontrer, ni à proposer une méthode clé. Il s’agit d’une réflexion personnelle, d’une tentative d’appropriation de cette notion d’entreprise robuste, appliquée à un terrain que je connais bien: le webmarketing et le digital. J’y partage une grille de lecture, nourrie à la fois par cette lecture et par l’observation du terrain, pour questionner ce que le marketing digital révèle, parfois malgré lui, de la solidité ou de la fragilité des organisations.

La robustesse ne supprime pas la dépendance, elle la rend supportable

Dans une lecture orientée robustesse, l’objectif n’est pas de se passer des plateformes. Il serait illusoire de le prétendre. L’enjeu est ailleurs. Il réside dans la capacité de l’entreprise à ne pas être paralysée lorsque l’un de ces points d’appui se fragilise.

Cela suppose une diversification raisonnée, mais surtout une capacité interne à reprendre la main. Comprendre ses données, maîtriser ses contenus, savoir pourquoi un canal est utilisé et ce qu’il est censé produire. Autant d’éléments qui relèvent davantage de l’organisation que du marketing au sens strict.*

Ce que cette déconnexion révèle sur l’organisation

Lorsque le webmarketing se détache de la stratégie, ce n’est jamais un problème purement opérationnel. Cela révèle souvent une organisation où:

  • le cap est peu explicité,
  • les arbitrages sont difficiles à partager,
  • la stratégie reste abstraite ou théorique,
  • les équipes manquent de repères pour prioriser.

Dans ces conditions, le webmarketing devient un espace de projection des tensions internes. Il avance, mais sans direction claire, ce qui fragilise la continuité et augmente la dépendance aux résultats immédiats.

Ce qu’il faut retenir

Le webmarketing est particulièrement révélateur de cette fragilité, car il repose sur des compétences hybrides, à la frontière du technique, du stratégique et de l’opérationnel. Lorsqu’il est concentré, le moindre changement humain devient un risque. Lorsqu’il est partagé, même imparfaitement, il devient un facteur de stabilité.

Dans ce sens, le webmarketing agit comme un test grandeur nature de la capacité de l’entreprise à faire circuler le savoir sans se désorganiser.

Ce qu’il faut retenir

Lorsque le webmarketing est entièrement piloté par le court terme, il révèle souvent une difficulté plus large à se projeter collectivement. La stratégie peine à se traduire dans la durée, les priorités changent fréquemment et les équipes manquent de repères stables.

Dans ce contexte, le digital ne fait qu’exprimer une tension déjà présente. Il accélère les décisions, mais n’en change pas la nature. La fragilité ne vient pas des outils, mais de l’incapacité de l’organisation à inscrire ses choix dans une continuité.

Quand cette philosophie s’incarne dans des méthodes vraiment structurées

Cette lecture du webmarketing comme révélateur et support de robustesse reste, dans mon cas, une posture de travail et une grille d’analyse. D’autres ont fait le choix d’aller plus loin en la structurant sous forme de méthode, pensée pour accompagner les organisations dans cette transformation.

C’est notamment le cas de la démarche portée par Marine et Romain (en photo ci-après !), avec leur cabinet de conseil Allégorie, qui propose une approche méthodique de l’entreprise robuste, à destination des PME et des ETI. Leur travail vise précisément à relier organisation, stratégie et capacité à durer, au-delà des effets de mode ou des logiques purement performatives.

Marine FRIOU et Romain LOYEAU

Au fil de cet article, une idée s’est progressivement imposée: le webmarketing ne se résume ni à des outils, ni à des canaux, ni à des performances à optimiser. Il agit comme un révélateur organisationnel. Ce qu’il donne à voir, ce sont moins des problèmes techniques que des fragilités structurelles, ou au contraire des capacités réelles à tenir dans le temps.

Dépendance aux plateformes, difficulté à relier la production au cap stratégique, concentration du savoir, pilotage par l’urgence. Ces signaux ne sont pas propres au digital. Ils traversent l’entreprise dans son ensemble, et le marketing digital a cette particularité de les rendre visibles rapidement, parce qu’il concentre visibilité, données, relation client et arbitrages.

C’est précisément ce que met en lumière la notion d’entreprise robuste, telle qu’elle est développée dans les travaux d’Olivier Hamant et dans L’entreprise robuste. Elle invite à déplacer le regard, à quitter une logique d’optimisation permanente pour s’intéresser à la manière dont une organisation s’inscrit dans la durée, absorbe les chocs et maintient une continuité de fonctionnement.

Dans cette perspective, le webmarketing devient moins un objectif qu’un espace de cohérence. Lorsqu’il s’appuie sur une organisation lisible, un pouvoir d’agir bien réparti et une mémoire organisationnelle vivante, il contribue à la stabilité plutôt qu’à la tension. C’est dans cette logique que certaines démarches, comme celle portée par Allégorie, proposent un cadre structuré pour accompagner les PME et ETI qui souhaitent renforcer leur capacité à durer.

De mon côté, cette lecture irrigue ma manière d’aborder le webmarketing: non comme une promesse de performance immédiate, mais comme un levier de cohérence. Une cohérence entre outils, décisions et organisation, au service d’entreprises capables de piloter leur digital sans dépendre d’un canal, d’un individu ou d’un indicateur unique.